Charity Ekezie a fait d’une question simple le point de départ d’un format qui l’a rendue reconnaissable sur TikTok : comment répondre aux clichés les plus tenaces sur l’Afrique sans reproduire la violence de ceux qui les diffusent ? La créatrice nigériane explique avoir choisi le sarcasme, un registre qui lui permet de tourner en dérision des interrogations qu’elle juge ignorantes tout en donnant, derrière l’humour, des informations concrètes sur la vie quotidienne sur le continent.
Son parcours dans la création de contenu ne commence pourtant pas avec TikTok. Formée en communication de masse, Ekezie a travaillé à la radio comme présentatrice et journaliste avant de publier des vidéos sur Facebook et Instagram. Elle rejoint TikTok pendant la période du Covid-19, puis découvre à quel point certains internautes étrangers gardent une vision caricaturale de l’Afrique. Des questions sur l’accès à l’eau, la nourriture, les maisons ou la sécurité deviennent alors la matière première de ses vidéos.
La bascule intervient à la fin de 2021. Après plusieurs réponses classiques peu visibles, elle teste une approche plus mordante. Sa première vidéo vraiment sarcastique, publiée début janvier 2022 autour de la manière dont les Africains obtiennent de l’eau, devient virale. À partir de là, elle transforme ce procédé en signature : faire rire, provoquer un léger malaise et, dans le même mouvement, rappeler que les réalités africaines sont beaucoup plus diverses que les clichés qui circulent en ligne.
Cette mécanique explique aussi la portée pédagogique de son travail. Ekezie ne cherche pas seulement à corriger une information fausse ; elle expose la logique qui produit ces représentations. Ses vidéos montrent qu’un contenu court peut servir de contre-discours culturel sans abandonner les codes du divertissement. Pour une génération de créateurs africains confrontée à des audiences mondiales, son succès illustre une stratégie claire : reprendre le contrôle du récit en utilisant précisément les outils viraux qui diffusent parfois les stéréotypes.